🧪 Les substances dans votre eau

Ce qu'on y trouve, à quel seuil, et ce que dit la science. Sourcé.

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L'eau n'est jamais « juste de l'eau ». Elle transporte des minéraux, parfois des résidus de traitement, parfois des polluants. Voici les principales substances, leurs seuils officiels, et leur classement CIRC quand il existe. Ni panique, ni déni : des faits.

🧪 Tableau des substances

Seuils réglementaires (eau potable, France / UE) et classement cancérogène CIRC.

Classement CIRC (Centre international de recherche sur le cancer, OMS) : 1 certain 2A probable 2B possible 3 inclassable
SubstanceSeuil eau potableCIRCCe qu'il faut savoir
Chlore (désinfectant)≤ 0,1 mg/L au robinet conseillé,Indispensable contre les microbes, mais forme des sous-produits (voir ci-dessous). Se dissipe en laissant reposer l'eau.
Sous-produits du chlore (trihalométhanes)100 µg/L (THM totaux)2BNaissent quand le chlore rencontre la matière organique. Le chloroforme est classé 2B.
Aluminium (résidu de traitement)200 µg/L (réf. qualité)3Utilisé pour clarifier l'eau. Débattu, non classé cancérogène. Surveillé comme référence de qualité.
Nitrates50 mg/L (10 pour nourrissons),D'origine agricole. Problème spécifique pour les nourrissons (méthémoglobinémie).
Plomb10 µg/L2BVient surtout des canalisations anciennes de l'immeuble. Neurotoxique, aucun seuil sûr pour l'enfant.
PFAS (polluants éternels)0,1 µg/L (somme de 20 PFAS)1**Le PFOA est classé cancérogène certain (groupe 1) depuis 2023. Très persistants. Sujet de nos alertes.
Sulfates250 mg/L (réf. qualité),Effet laxatif au-delà, surtout chez les nourrissons. Fréquent dans les eaux dures.
Arsenic10 µg/L1D'origine géologique dans certaines régions. Cancérogène certain à forte dose chronique.
Pesticides (par substance)0,1 µg/L (0,5 total)variableMétabolites de plus en plus surveillés (métolachlore ESA, chlorothalonil).
Sources : Code de la santé publique, Directive UE 2020/2184, ARS, CIRC/OMS. Seuils indicatifs, se référer à la réglementation en vigueur.

🥤 Le pH de vos boissons (et le mythe à connaître)

Le pH va de 0 (très acide) à 14 (très basique). 7 = neutre. Voici où se placent nos boissons.

BoissonpH ≈
Jus de citron2,2🔴 très acide
Cola (Coca, Pepsi)2,5🔴 très acide (acide phosphorique)
Vinaigre2,5🔴 très acide
Jus d'orange3,5🟠 acide
Soda type root beer4,5🟠 acide
Café (selon dosage)5🟡 légèrement acide
Eau gazeuse nature5 à 6🟡 légèrement acide (CO₂)
Eau très peu minéralisée5,5 à 7🟢 proche du neutre
Eau du robinet / eau minérale7 à 7,5🟢 neutre
Eau très minéralisée (bicarbonatée)7,5 à 8🔵 légèrement basique
Sources : ADA (Journal of the American Dental Association), mesures pédagogiques. Valeurs indicatives, variables selon marque et dosage.

⚠️ Le mythe à ne pas croire

On entend partout que boire « alcalin » rééquilibrerait le pH du corps, et certains vendeurs d'eau (type Kangen) en font un argument de vente. C'est faux.

Votre estomac est un acide très puissant (pH 1,5 à 3,5). Il ramène TOUT ce que vous buvez à son niveau, quelle que soit la boisson. Le pH de votre sang, lui, est verrouillé par le corps autour de 7,4, et rien de ce que vous buvez ne le change durablement. C'est la régulation acido-basique, un mécanisme vital.

Le pH d'une boisson compte donc pour deux choses réelles : le goût, et l'émail de vos dents (les boissons sous pH 4, comme les colas et jus, l'attaquent). Pas pour « acidifier » ou « alcaliniser » votre organisme. Méfiez-vous de qui vous vend l'inverse.

🧭 Le réflexe du Détective : quand une eau est vendue pour son pH « miracle » qui soignerait, c'est un signal d'alarme. Une eau se juge sur sa composition mesurée (résidu sec, nitrates, polluants), pas sur une promesse de pH. On ne suppose pas, on mesure.

📊 Les paramètres qu'on mesure

Au-delà des substances, l'eau se juge aussi sur son « comportement ». Voici ce que mesurent les analyses.

ParamètreRepèreCe qu'il dit
pH (acidité)6,5 à 9Sous 6,5, l'eau est acide et « agressive » : elle attaque les canalisations (et peut dissoudre du plomb, du cuivre).
Conductivité≤ 1100 µS/cmLa quantité de sels dissous. Plus c'est haut, plus l'eau est minéralisée. Se mesure en une seconde.
TH (dureté)en °fLe calcaire (calcium + magnésium). Une eau dure entartre, une eau douce est plus agressive.
TAC (alcalinité)en °fLes bicarbonates. Le « pouvoir tampon » de l'eau, sa capacité à résister aux variations de pH.
Oxygène dissous> 5 mg/L (bonne eau)Une eau vivante et fraîche en contient. Une eau qui en manque a un goût plat et favorise les bactéries.
Turbidité≤ 1 NFUL'eau est-elle trouble ? Une turbidité qui monte peut signaler une contamination.
Température,Influence le goût, la solubilité, et la prolifération microbienne (attention aux réseaux d'eau chaude).
Fer / manganèse200 / 50 µg/LSans danger aux seuils courants, mais tachent le linge et donnent un goût métallique.
Bactéries (E. coli, entérocoques)0 dans 100 mLLE paramètre sanitaire numéro un. Leur présence impose de ne pas consommer l'eau.
🧭 Le réflexe du Détective : un seul chiffre ne suffit jamais. Une eau « bonne » sur un paramètre peut être mauvaise sur un autre. C'est le croisement qui compte : pH, conductivité, dureté, bactéries. On ne juge pas une eau sur une impression, on la mesure sur plusieurs axes.
Sources : Code de la santé publique (limites et références de qualité), OMS. Repères indicatifs.

☢️ La radioactivité de l'eau

Un sujet sensible, traité avec les chiffres officiels, sans alarmisme.

Toute eau contient une radioactivité naturelle infime. C'est un fait, pas une alerte. Voici les repères officiels :

ÉlémentOrigineSeuil / repère officiel
Potassium 40 (K-40)Naturel (présent aussi dans notre corps)Régulé naturellement par l'organisme. Non retenu dans le calcul de dose.
Tritium (³H)Naturel + activité humaine (nucléaire)100 Bq/L (seuil France/UE) · 10 000 Bq/L (valeur guide OMS)
Radon 222 (Rn-222)Naturel (roches granitiques)100 Bq/L (valeur paramétrique UE)
Dose totale indicative (DTI)Tous radionucléides cumulés0,1 mSv/an
⚖️ À garder en tête : en France, les mesures de tritium dans l'eau sont typiquement de quelques becquerels par litre, très en dessous des seuils. Notre propre corps est naturellement radioactif (potassium 40, carbone 14). La présence n'est pas le danger : c'est la dose qui compte. On mesure, on ne suppose pas, et on ne panique pas non plus.
Sources : Directive UE 2013/51/Euratom, IRSN, OMS (Guidelines for drinking-water quality), ASN. Le tritium sert aussi d'indicateur : une valeur élevée peut signaler d'autres radionucléides à rechercher.

🧠 Effets débattus : immunité, hormones, cerveau

Ce que la science établit, et ce qui reste à l'étude.

🔬 Perturbateurs endocriniens : certaines substances (certains pesticides, résidus médicamenteux, PFAS, bisphénols) peuvent interférer avec le système hormonal, même à faible dose. C'est un domaine de recherche actif et reconnu par les autorités sanitaires. Les effets sur le développement de l'enfant et la fertilité sont particulièrement surveillés.
🛡️ Défenses immunitaires : l'exposition chronique à certains PFAS a été associée, dans plusieurs études, à une réponse immunitaire réduite (notamment à la vaccination chez l'enfant). C'est l'un des effets qui a motivé leur reclassement.
Attention à la nuance : « associé à » n'est pas « prouve que ». Sur ces sujets, le Détective s'en tient aux données publiées et aux positions des agences (ANSES, EFSA, OMS). On ne surinterprète pas, on ne minimise pas. C'est justement cette rigueur qui distingue l'information de la peur.

💧 De quoi sommes-nous constitués ?

Nous sommes surtout de l'eau

Le corps d'un adulte est composé d'environ 60 % d'eau (jusqu'à 75 % chez le nourrisson). Le cerveau, lui, en contient près de 75 %. Chaque cellule baigne dedans.

Nous sommes des « chaudières à basse température » : notre corps maintient cette eau à 37 °C en permanence, jour et nuit. Tout ce qu'on y verse (minéraux, résidus, polluants) circule dans ce milieu chaud, à travers chaque organe.

C'est pour ça que la qualité de l'eau qu'on boit n'est pas un détail : c'est littéralement le liquide dont nous sommes faits, et qu'on renouvelle chaque jour.

🔬 L'ordre des filtrations, du plus grossier au plus fin

Chaque technique arrête une taille de particule. La vôtre dépend de ce que vous voulez retirer.

1 · Macrofiltration (dégrillage)

de l'ordre du millimètre à ~600 microns

Le tout premier tamis, par exemple avant les stations d'épuration ou en sortie de captage (~600 µm). Arrête les gros déchets, feuilles, graviers. C'est du dégrossissage, rien de dissous.

2 · Filtration mécanique (sédiments)

pores de 1 à 50 microns

Coton, cartouche. Arrête la boue, le sable, la rouille. Le pré-filtre d'une installation domestique. Ne retire ni chlore, ni bactéries, ni dissous.

3 · Charbon actif

adsorption (ce n'est pas un tamis)

Retient le chlore, les goûts, les odeurs, certains pesticides. N'élimine ni bactéries, ni sels dissous, ni nitrates.

4 · Microfiltration

pores ≈ 0,1 à 10 microns

Arrête bactéries, protozoaires, turbidité. Laisse passer les virus et tout le dissous. (À ne pas confondre avec la macrofiltration : ici on est mille fois plus fin.)

5 · Ultrafiltration

pores ≈ 0,01 à 0,1 micron

Arrête bactéries et la plupart des virus. Laisse passer les sels minéraux dissous. Fonctionne sans électricité.

6 · Nanofiltration

pores ≈ 0,001 à 0,01 micron

Retient les gros ions (calcium, magnésium), adoucit l'eau, retire une partie des sels. Entre l'ultrafiltration et l'osmose.

7 · Osmose inverse (hyperfiltration)

≈ 0,0001 micron · aussi appelée hyperfiltration

Le plus fin de tous. Retire la quasi-totalité du dissous : nitrates, sulfates, PFAS, plomb, sels. Il ne reste presque que la molécule d'eau. C'est la technologie de l'eau de dialyse. Elle rejette en continu un concentrat : c'est justement ce qui la rend sûre (voir ci-dessous).

⚠️ Le point que peu de gens connaissent : une filtration sans rejet finit par relarguer. Un filtre qui ne fait que retenir (cartouche, charbon) se sature avec le temps. Une fois plein, il peut relâcher d'un coup ce qu'il avait piégé, parfois plus concentré qu'au départ. À l'inverse, l'osmose inverse évacue en permanence les substances retenues avec l'eau de rejet (le concentrat) : rien ne s'accumule dans la membrane. C'est une différence de principe, pas de marketing.
🧭 La preuve, c'est la mesure. Un filtre en fin de vie se repère au conductimètre et à l'analyse : si l'eau ressort plus chargée qu'elle ne devrait, la cartouche relargue. Testez la vôtre. Ne supposez pas qu'un filtre protège éternellement : vérifiez-le, chiffres à l'appui.
💡 La règle simple : plus le pore est petit, plus on retire de choses, y compris les minéraux. Un charbon actif ne remplace pas une osmose, et une osmose ne se remplace pas par un simple filtre. Chaque étage a son rôle : souvent on les combine (sédiment → charbon → osmose).
Sources : Safe Drinking Water Foundation, Didaquest, documentation membranaire (micro 0,1-50 µm, ultra 0,01-0,1 µm, nano 0,001-0,01 µm, osmose ≈ 0,0001 µm). Ordres de grandeur ; les valeurs exactes varient selon les fabricants.
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